Octobre rose est l’occasion pour moi de parler d’un sujet qui touche environ une femme sur huit au cours de sa vie. Chez les personnes qui viennent me consulter, pendant ou après les traitements, un sujet est central : comment rester calme lorsque sa vie est en jeu.

Je vous propose ici au travers de trois histoires de femmes que j’ai pu accompagner des recommandations qui me semblent fondamentales dans le contexte de cette maladie.

Je vous donne aussi les recommandations que je peux faire pour prendre soin du corps à la sauce taoïste, pour optimiser votre énergie.

Quand le stress et l’anxiété s’ajoutent à la maladie

Face à un cancer du sein, le corps a besoin de toutes ses forces : il lutte contre la maladie, il encaisse les traitements, il tient le quotidien. Dans l’idéal, il ne devrait pas avoir en plus à lutter contre les idées noires. Pourtant le stress et l’anxiété sont là, au moment où l’on a le moins de place pour les porter.

Le stress et l’état d’esprit comptent dans la façon de traverser une maladie. Mais comment rester sereine dans une épreuve pareille ? Comment ne pas porter ce fardeau en plus, quand la situation est déjà aussi compliquée ? Je ne demande à aucune femme de « rester positive ». Ce que j’observe au cabinet est plus simple : on ne supprime pas la peur, mais on peut alléger ce qu’elle pèse.

La médecine chinoise propose une lecture de ce qui se passe dans le corps quand le stress et l’anxiété s’installent. Je vous la partage ici, sans promesse de résultat et toujours en complément du suivi médical, jamais à sa place.

Comment la médecine chinoise lit le stress et l’anxiété

En médecine chinoise, le stress et l’anxiété bloquent la circulation du Qi, l’énergie qui irrigue tout le corps. Le corps se serre, se tend, se contracte. Les méridiens se ferment, ça ne circule plus bien, comme si la « pression » montait à l’intérieur.

Le Qi se condense alors, et l’humidité s’accumule. Là où il y avait de l’énergie, qui circule et se renouvelle, il se forme peu à peu de la matière. Dans cette lecture, on parle de masses là où tout devrait rester fluide. C’est une image de la médecine chinoise, pas une explication médicale du cancer.

Les chocs émotionnels, les situations de vie difficiles et la tendance à ruminer fragilisent le corps, selon cette lecture. Ils ne sont ni les seuls facteurs, ni une explication à eux seuls : du côté de la médecine occidentale, les études sur le lien entre stress et cancer du sein ne sont d’ailleurs pas toutes d’accord. Personne n’a à se sentir coupable d’avoir vécu des moments difficiles.

Ce qui aide à garder le Qi en mouvement est plus simple : être entourée, bouger (l’activité physique fait circuler le Qi et entretient l’humeur) et se sentir épanouie. Mais parfois, ça ne suffit pas. Et comment « rester positive » face à une telle épreuve ? On n’a pas à l’être : les études n’ont pas montré que l’état d’esprit changeait l’évolution de la maladie, même s’il peut améliorer la qualité de vie et alléger l’anxiété. Ce que j’ai constaté au cabinet, c’est autre chose, et c’est ce que racontent les trois histoires qui suivent.

Lire l’article dédié au stress et à l’anxiété en médecine chinoise

Accepter d’être celle que l’on soutient

Edith a toujours tout géré pour les autres. Quand elle vient me voir, elle vient d’apprendre pour son cancer. Pourtant le plus compliqué pour elle, ce sont ses proches : l’inquiétude qu’elle va leur causer, et la difficulté de leur annoncer ce qui lui arrive. Presque comme une culpabilité de leur “faire” subir ça.

Elle voudrait encore les protéger, comme elle l’a toujours fait, les prendre en charge dans ce qu’ILS vont traverser. Puis elle a compris : ce qu’elle annonçait à ses proches, ce n’était pas qu’elle allait mourir, mais qu’elle était malade, et surtout que, dans les temps qui viennent, c’est elle qui aurait besoin d’être soutenue.
Parmi les femmes que j’ai accompagnées, celles qui vivent le mieux leur maladie sont souvent celles qui changent leur équilibre. Certaines vont jusqu’à dire « c’est grâce à mon cancer ». Je ne dis pas que la maladie est un message, ni qu’il faut en passer par là : je constate seulement que quelque chose se remet en place quand on accepte d’être, pour une fois, celle qu’on aide.
Ce n’est plus son rôle. Son rôle est à présent d’être celle que l’on soutient, et non l’inverse.

Mon conseil à Edith, comme à vous : acceptez de vous décharger et d’être maintenant celle dont on prend soin. Je sais, vous donnez tellement. C’est déroutant. Pourtant, laissez ceux que vous aimez prendre soin de vous. Faites-leur ce cadeau d’accepter ce qu’ils ont à cœur de vous donner 

Exprimer ses émotions plutôt que les comprimer

Hélène est venue me voir parce qu’au-delà de l’épreuve qu’elle subissait, elle se sentait anxieuse. C’était comme un poids sur la poitrine. Pourtant, elle faisait face. Elle ne s’expliquait pas cette oppression quasi constante.

Par mon expérience j’ai su que dans le cas d’Hélène, le non-dit en était la cause. Des émotions demandaient à être libérées.

Hélène avait peur : peur face à la perspective de la finitude de la vie. Cela nous concerne tous, mais pour certaines, cela devient soudain plus concret, et personne ne peut vraiment le comprendre tant qu’on ne l’a pas vécu dans sa chair. Plutôt que d’occulter cette peur immense, nous en avons parlé. Il y avait aussi de la colère, le sentiment d’injustice, d’incohérence.

Exprimer est l’inverse de comprimer : c’est extérioriser, sortir les émotions du corps au lieu de les serrer à l’intérieur. La peur, la colère, le sentiment d’injustice ont besoin de sortir.

Nous avons tout mis sur la table, plutôt que de chercher à rester positive. Elle a pleuré pendant toute une journée après la séance, puis elle m’a rappelée : elle m’a dit que son anxiété et son mal-être avaient disparu, et qu’elle se sentait prête à faire face.

Je dis à toutes ce que je lui ai dit : on en a le droit. Pas besoin de relativiser, ni de faire semblant d’aller bien, d’être courageuse, de vouloir nier les émotions qui nous traversent pour “rester positive”. Pouvoir en parler, le partager, le nommer, soulage souvent celle qui parle comme ceux qui écoutent. Et si l’on ne peut vraiment pas s’appuyer sur son entourage, un thérapeute est précieux : ça fait du bien, tout simplement.
Alors exprimez-les, ne restez pas avec ça dans le corps. Si ce n’est auprès d’un proche, allez voir un thérapeute.

Se faire dorloter et se réconcilier avec son corps

Armande ne croyait qu’en l’approche terre à terre, celle de la guerrière : les traitements, puis faire face aux effets secondaires et au quotidien, tenir, ne rien lâcher. Les traitements ne sont généralement pas doux avec le corps, et il y a autre chose à s’autoriser : se faire dorloter, se réconcilier avec ce corps et en prendre soin autrement que par les traitements. Elle a fini par venir me voir, sur l’insistance d’une amie.

Et là, un grand mieux-être, un intense relâchement : dans ma médecine, on parle de souffle, de Qi, et pour elle, c’était comme un grand souffle dans tout le corps.

Armande m’a dit : « J’aurais dû venir plus tôt. » Ces mots m’ont brisé le cœur. Je n’ai pas eu l’occasion de revoir Armande.

Se faire dorloter n’est pas un luxe. Votre corps dépense déjà énormément d’énergie : dans les soins, pour gérer les douleurs dues à la maladie ou aux traitements, et pour tenir le quotidien. Il mérite de la douceur. À vous de choisir ce qui vous fait du bien, toujours en accord avec votre équipe soignante : vous êtes la seule à le savoir.
Surtout, n’hésitez pas à aller chercher des points de confort. Ils peuvent faire toute la différence.

Mes clés pour alléger le stress et l’anxiété

Pour alléger le poids, trois gestes simples valent mieux qu’un grand programme. Toujours en accord avec votre équipe soignante.

 

    • Sortir et marcher, quand on le peut. L’extérieur, la lumière et le mouvement aident le Qi à circuler.

    • Se faire dorloter et accueillir les preuves d’amour que l’on reçoit, sans les compter ni s’en excuser.

    • Le Qi Gong, excellent pour apaiser l’anxiété : il aide l’énergie à circuler, à se sentir mieux et à évacuer l’émotionnel. Ce n’est pas du sport et ce n’est pas un épuisement, car votre énergie est déjà mobilisée pour plein d’autres choses. Il se pratique à l’intérieur, notamment en hiver, et même assis quand la mobilité est difficile. Marcher et s’étirer en douceur vont dans le même sens.

    • Aller voir un praticien ou une praticienne en médecine chinoise : relâcher le corps et accompagner les traitements
      Les tensions ne sont pas seulement physiques. Ce sont aussi les tensions émotionnelles et tout ce que l’on supporte des traitements, stocké dans le corps, qui n’arrive plus à se relâcher. Un corps ouvert, c’est une énergie qui circule, et un corps détendu.

Du point de vue de la médecine chinoise

Les traitements sont nécessaires, et ils ont un prix pour le corps. En médecine chinoise, la chimiothérapie est lue comme une charge lourde pour le corps, et la radiothérapie comme un apport de chaleur excessive. Les nausées sont lues comme un Qi à contre-courant, que l’on appelle le « chini » : l’énergie de l’estomac, qui devrait descendre pour digérer, remonte.

Face à cela, la médecine chinoise cherche à rétablir le sens de circulation de l’énergie pour les nausées, à alléger la charge de la chimiothérapie et à rafraîchir la chaleur excessive de la radiothérapie.

L’acupuncture, en particulier, a fait l’objet d’études. Des recommandations de sociétés d’oncologie la citent contre les nausées liées à la chimiothérapie et contre les douleurs articulaires causées par certains traitements hormonaux. Elle peut aussi être proposée pour l’anxiété après les traitements, même si les preuves restent plus limitées. Parlez-en à votre équipe soignante, qui pourra vous orienter vers un médecin acupuncteur.

De mon côté, outre accompagner les effets secondaires des traitements, je relâche beaucoup le corps de ses tensions émotionnelles et physiques, notamment les muscles paravertébraux, de chaque côté de la colonne, en face des organes. Quand ces tensions se relâchent, on se sent allégé, et le Qi se distribue mieux dans les organes. Je le vois : des visages fermés en arrivant sont tout de suite plus lumineux.

Ce que la médecine chinoise ne fait pas

Elle ne remplace aucun traitement. Une fois que la maladie est là, ce n’est plus le temps de travailler uniquement sur l’énergie : de ce que j’en perçois, les meilleures chances restent à ce jour du côté des traitements de la médecine occidentale (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie).

La médecine occidentale agit contre la maladie, et c’est ce qu’il faut quand c’est urgent. La médecine chinoise n’est pas une philosophie de lutte : elle cherche à favoriser ce qui va bien, parce que c’est ce qui va bien dans le corps qui est le mieux placé pour faire face à ce qui va mal. Il n’y a pas de concurrence entre les deux : elles se complètent.

Mon rôle est d’accompagner : apaiser le stress et l’anxiété, améliorer le confort, aider à mieux vivre les traitements. N’arrêtez jamais un traitement et n’en retardez aucun pour une pratique complémentaire. Parlez à votre oncologue de tout ce que vous ajoutez, y compris les plantes et les compléments, qui peuvent interagir avec les traitements.

En conclusion, vous n’avez pas à traverser ça seule

Face à la maladie, le stress et l’anxiété ne sont ni une faiblesse, ni une faute. Ces trois femmes m’ont appris trois gestes : accepter d’être soutenue, exprimer ce qui vous traverse plutôt que de le comprimer, vous accorder de la douceur. Aucun ne remplace un traitement, aucun ne demande d’être positive. Ils peuvent simplement aider à vivre cette épreuve un peu plus légèrement, jour après jour.

Et si vous accompagnez une proche ?

Vous aussi, vous portez un poids : la peur de mal faire, l’envie de tout régler, la difficulté de trouver les mots. Je consacrerai à votre point de vue une prochaine série d’histoires, car il mérite sa place.
Si vous traversez cette épreuve, ou si vous accompagnez quelqu’un qui la traverse, et que vous souhaitez un temps pour souffler au corps et à l’esprit, vous pouvez prendre rendez-vous au cabinet.